mercredi, juin 28, 2006

L'aléatoire

"L'aléatoire-à quoi j'adjoindrais le fractal, le catastrophique- fait partie de ces théories modernes qui prennent en compte les effets imprévisibles des choses ou, tout au moins, une certaine dissémination des effets et des causes telles que les repères disparaissent. Nous sommes dans un monde ou il n'y a plus un sujet et un objet répartis harmonieusement dans le registre du savoir. Quand aux phénomènes aléatoires, ils ne sont pas seulement dans les choses, dans les corps matériels: nous faisons partie nous aussi du microcosme moléculaire par notre pensée même - et c'est ce qui crée l'incertitude radicale du monde. Si nous avions affaire à une matière aléatoire, à des effets physiques aléatoires, mais à une pensée, elle homogène et unidirectionnelle, il existerait encore une bonne dialectique du sujet et de l'objet, mais nous sommes désormais tombés dans une pensée aléatoire qui ne nous permet plus que d'emettre des hypothèses, qui ne peut plus prétendre à la vérité. C'est déja le cas pour les sciences microphysiques, on le sait. Mais je crois que ce l'est également pour notre réfléxion, notre analyse actuelle de la société, du politique... On ne peut plus qu'aller au-devant de processus aléatoires grâce à une pensée elle-même aléatoire, ce qui est un exercice tout à fait différent de la classique pensée discursive qui avait fondé la philosophie traditionnelle. Cette nouvelle démarche n'est pas sans périls. Que peut on nommer "événements" quand règne un développement chaotique, avec des causes ou des conditions initiales minimales, infinitésimales, et des effets prodigieux au niveau mondial?
Jean Baudrillard, "L'aléatoire" (extrait), in "Mots de Passe" (Pauvert, 2000)

1 commentaires:

Anonymous sancho a dit...

Ces thèses de Baudrillard font un peu réductionnistes et scientistes, si je puis me permettre. Il n'est pas du tout dit que l'ère du "sujet" soit révolue. Je crois que la situation actuelle est plus complexe que simplement "complexe", plus imprévue que simplement "chaotique". Il y a un facteur qui n'est jamais assez pris en compte par les analystes et les penseurs d'aujourd'hui : la montée des moi. Je ne parle pas de l'habituelle tendance, si décriée à l'individualisme, ou au repli narcissique. Je parle de l'événement qu'est un moi. Bravo pour votre site.

samedi, juillet 01, 2006 3:52:00 PM  

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